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REPORTAGE. \"C'est important d'être prêts quand on veut avoir des enfants\" : l'essor de la congélation d'ovocytes chez les femmes de moins de 37 ans

Jun 4, 2026

IDOPRESS

Les deux ronds noirs représentent les deux ovocytes qui vont être prélevées sur une patiente. Photo d'illustration. (Richard MOUILLAUD / MAXPPP)

En 2025,plus de 20 000 femmes ont fait une demande d'autoconservation de leurs gamètes,soit 30% de plus que l'année précédente. Cinq ans après l'ouverture du droit à congeler ses ovocytes sans raison médicale (pour les femmes de moins de 37 ans),80% des femmes concernées connaissent ce dispositif,selon une enquête de l'agence de Biomédecine. Mais obtenir une consultation dans l'un des 47 centres agréés commence à devenir compliqué,explique Emeline,une Parisienne de 34 ans. "Il y a énormément de demandes et si on ne contacte pas un par un tous les établissements,c'est très possible de ne pas avoir de place,témoigne-t-elle.

D'abord,trouver un centre agréé

L'explosion des demandes est corrélée à l'information qui a bien circulé. "Moi,j'en ai parlé à toutes mes copines qui souhaitaient avoir des enfants,raconte Emeline,pour les informer des possibilités parce qu'elles ne savaient pas. Et j'en ai beaucoup qui se sont inscrites,je leur ai dit où il y avait de la place,un seul établissement à l'époque."

À force de ténacité,Emeline a fini par décrocher un rendez-vous,il y a un an et demi. Après plusieurs bilans médicaux,son prélèvement d'ovocyte devrait avoir lieu dans quelques mois,après l'été.

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"J'ai entrepris cette démarche parce que j'étais célibataire de plus de 30 ans. Donc je me suis dit qu'il ne fallait pas perdre de temps... Entretemps,j'ai rencontré quelqu'un et il me soutient complètement dans cette démarche,sachant qu'on veut des enfants tous les deux,mais pas tout de suite."

"On se pose beaucoup de questions sur son horloge biologique."

Emelineà franceinfo

Cette rencontre n'a donc pas interrompu ce projet,une démarche de plus en plus fréquente : "Parce que,explique-t-elle,ça ne fait pas si longtemps qu'on est ensemble,ça fait à peu près deux ans,parce qu'on voulait vivre ensemble avant et je pense que c'est important d'être prêts quand on veut avoir des enfants."

Une époque qui a beaucoup changé

À l'hôpital de Saint-Cloud,où elle est suivie,la responsable du Centre d'assistance médicale à la procréation,le Dr Joëlle Belaisch-Allart,constate que la plupart de ses patientes ont,comme Emeline,autour de 35 ans. "Les femmes,à l'âge où elles faisaient des enfants,elles ne le font plus. Avant,20-30 ans,c'est le moment où on commence à travailler,à être en couple,à envisager de faire des enfants. Ça a changé. Donc il est logique que les femmes aient envie de faire des autoconservations pour préserver leur fertilité."

"Le 20-30 ans est devenu 30-40 ans,c'est après 30 ans qu'on envisage de faire ses enfants."

Le Dr Joëlle Belaisch-Allard,responsable du centre de PMA à l'hôpital Saint-Cloudà franceinfo

Une fois que l'on obtient un premier rendez-vous de consultations,le parcours est loin d'être fini. Il faut encore attendre un an,en moyenne,avant de pouvoir réaliser effectivement la congélation des ovocytes.

La ponction des ovocytes se fait au bloc opératoire,sous anesthésie. Photo d'illustration. (PASCAL BONNIERE / MAXPPP)

Cette démarche est un acte médical strictement encadré qui nécessite plusieurs consultations,des examens de contrôle,une stimulation des ovaires et une ponction sous anesthésie.

Des résultats non garantis

À la fin,rappelle toujours le docteur Balaish-Allart lors des visioconférences avec ses patientes,il n'y a pas de garantie à 100% de pouvoir tomber enceinte : "Les résultats sont en fonction de l'âge auquel est pratiquée l'autoconservation. Si on a 10 à 15 ovocytes avant 35 ans,ça donne autour de 70% de chances de naissances vivantes. Mais après 35 ans,c'est plutôt autour de 50%."

"Nous sommes le seul pays au monde où l'autoconservation sans raison médicale est prise en charge à 100%."

Le Dr Belaisch-Allarten visioconférence avec ses patientes

Ensuite,les femmes concernées n'ont que 40 euros à débourser par an pour les frais de conservation. Les gamètes peuvent être utilisés dans le cadre d'une PMA (procréation médicalement assistée),jusqu’à ce que la patiente ait 45 ans. Ensuite,ces gamètes sont,selon le choix de la patiente,soit détruits,soit donnés.

Du stockage et de la surveillance

Ainsi,durant plusieurs années,les gamètes sont conservés dans l'hôpital où ils ont été prélevés. À l'hôpital de Saint-Cloud,le Dr Olivier Kulski,médecin biologiste,montre le local ultra-sécurisé dans lequel ils sont placés,dans des cuves remplies d'azote à -196 degrés.

Les ovocytes sont concervés dans des cuves d'azote à -196 degrés. (Sylvain Rostaing / Le Pictorium / MAXPPP)

"Ça permet de récupérer la cellule en l'état,telle qu'elle était avant la congélation,explique-t-il. Actuellement,on a quasiment 1 000 patientes,en comptant en moyenne 10 ovocytes,ça fait beaucoup d'ovocytes,beaucoup de place et beaucoup de responsabilités au niveau de ce stockage."

Dans cet hôpital,pour faire face à la demande,l'espace de stockage sera doublé dès cet été,les travaux sont déjà prévus,mais la question du stockage des gamètes congelés se reposera forcément à l’avenir au niveau national.

Centre de conservation des ovocytes et embryons,à Marseille en 2023. (Sylvain Rostaing / Le Pictorium / MAXPPP)

Le sujet ne concerne pas que les ovocytes,puisqu'en France,les hommes peuvent aussi congeler des spermatozoïdes,même sans raison médicale,entre 29 et 44 ans.

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